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INTRODUCTION

 

Nous travaillons tous dans le domaine de la drogue, ces substances qui influencent le fonctionnement de notre cerveau, mais la plupart d'entre nous n'en ont jamais étudié le fonctionnement, sans parler de la façon dont la drogue influence notre esprit. On nous dit souvent que nous n'avons pas besoin de ces connaissances, pour deux raisons:

notre tâche est de dissuader les gens de consommer de la drogue, mieux vaut donc d'éviter le sujet;

la drogue au niveau pharmacologique est le terrain exclusif du monde médical (lire : psychiatrique), il ne faut donc pas s'en mêler.

Précisons que les médecins qui commencent à travailler dans ce secteur n'en savent pas beaucoup plus sur les drogues qué les travailleurs sociaux. Ils ont suivi des cours de pharmacologie générale, mais leurs connaissances spécifiques en la matière portent principalement sur les drogues à usage médical. Ils peuvent cependant facilement assimiler de nouvelles connaissances grâce à leurs notions de pharmacologie générale.

Cela signifie-t-il alors que les travailleurs sociaux, les psychologues, etc., malgré leur excellente formation, devraient remplir le rôle d'experts en drogues' alors qu'ils n'ont pas la moindre notion des effets pharmacologiques des différents stupéfiants? Non, bien sûr. Il ne faut pas oublier qu'une grande partie des soins aux toxicomanes n'est plus orientée vers l'abstinence mais vers la 'réduction des dommages', qui nécessite de sérieuses connaissances sur les drogues en question. De plus, même si l'approche est orientée vers l'abstinence, il faut pouvoir distinguer les types de comportement dus à la drogue de ceux qui sont propres à la personnalité du toxicomane. Pour cela,il faut connaître les drogues. En tant qu'experts, vous devez assimiler ces connaissances, même si vous n'avez pas eu de formation médicale.

Ce dossier est un aperçu général des connaissances de base dont vous avez besoin. La première partie est consacrée aux principes primaires de la pharmacologie générale, la science qui étudie l'action de médicaments sur l'organisme vivant. Ces connaissances, ainsi que quelques notions de base sur le fonctionnement du système nerveux et des processus qui s'y jouent, sont nécessaires pour pouvoir passer au chapitre sur la psychopharmacologie, la science qui étudie l'action de substances sur le psyché. Il s'agit en fait de tout le côté biologique du comportement humain. Globalement, on peut dire que tous les hommes ont une structure biologique commune; les différences sont là et elles seront également examinées, mais elles sont insignifiantes par rapport à ce qui nous unit.

La pharmacologie est une science 'médicale', qui porte avant tout sur notre corps. La psychopharmacologie, elle, porte sur notre cerveau. Il existe également 1'ethnopharmacologie', une science qui étudie les substances dans d'autres cultures. Les pionniers de cette science étaient surtout intéressés par les potions magiques dans le cadre de rites ancestraux : des psychotropes avant la lettre. Ce cadre a servi de contexte à la 'psychopharmacologie au quotidien', car la prise de substances qui influencent le psyché est enracinée dans l'existence quotidienne de l'homme. Cela a toujours été comme cela et il n'y a aucune raison de penser qu'il en sera un jour autrement. Le mot grec 'pharmacon' signifiait 'quelque chose que l'on peut prendre ou administrer pour atteindre quelque chose'. En fonction du contexte, le terme pouvait donc aussi bien signifier 'stimulant', 'médicament' et 'poison'.

Ce contexte est largement déterminé par l'individu et par la société dans laquelle il vit. Ce qui agit sur le psyché, agit également sur la perception de l'homme; dans ce sens là déjà, les psychotropes agissent sur le contexte de l'individu. Lorsque la réaction de la société est également impliquée, la boucle est bouclée.

Quelle que soit l'importance de la pharmacologie, la problématique de la drogue est liée à bien d'autres facteurs. La personnalité, et l'humeur de l'individu ainsi que son entourage jouent également un rôle important, comme le précise feu Norman Zinberg (1) dans un livre dont la lecture devrait être imposée à tous les 'experts en drogues'. L'homme ne peut pas être comparé à un animal de laboratoire, donc relativisez la pharmacologie. Mais sachez aussi ce qu'il faut relativiser. Ne dites jamais 'jamais'!

Erik Fromberg, 1994 Formentera, Espagne

PHARMACOLOGIE GENERALE