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4. LES LIMITES DE L'ADOPTION DE COMPORTEMENTS DE PRÉVENTION PDF Imprimer Email
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Vendredi, 26 Février 2010 15:05

4. LES LIMITES DE L'ADOPTION DE COMPORTEMENTS DE PRÉVENTION


Il existe des phases de plus ou moins grande vulnerabilite par rapport aux pratiques à risque dans la trajectoire des toxicomanes. Cette trajectoire presente, dans un contexte de dependance, des periodes d'isolement, de fragilisation et de grande souffrance où le risque n'est pas contrôle : la plupart traversent de nombreuses periodes de crise, de rechute après des episodes de sevrage, notamment après un passage en prison - pour beaucoup d'entre eux le retour en prison est repetitif, certains ne peuvent même plus les denombrer -, de grande detresse (sorties de prison, maladies), de grande precarite des conditions de vie (passages dans les squatts, pratiques de rues). Comme l'a montre l'enquête de l'IREP sur la transmission du VIH parmi les toxicomanes (1992), les modes de contamination ne peuvent pas être apprehendes en dehors du mode de vie des usagers de drogues. Les comportements dependent de la qualite de la vie et de l'environnement. Il apparaît que l'exclusion, la marginalisation, la precarite modifient la representation de la hierarchie des risques, en privilegiant les risques immediats.
Un fait important a ete signale par le Docteur Ingold : les nouveaux venus dans la toxicomanie semblent s'être mieux proteges. L'etude menee par l'IREP (1992) montre que la contamination par le VIH des toxicomanes ayant commence à s'injecter de la drogue après 1987 est faible : 3 %. Mais il faut prendre avec prudence ce resultat. Ces nouveaux consommateurs n'ont pas encore eu le temps de traverser de nombreuses periodes de « galère » et de haute vulnerabilite.
La même etude revèle un changement d'attitude par rapport au test de depistage. Un tiers des sujets enquêtes n'ont jamais fait de test ou s'ils en ont fait un c'est longtemps auparavant. Ces sujets, considerant qu'ils n'ont plus de pratiques à risque depuis le dernier test negatif, ne voient plus l'interêt d'en faire d'autres. Ce changement d'attitude va de pair avec une certaine exasperation par rapport au sida, element supplementaire dont on ne peut pas et dont on ne veut plus entendre parler. Beaucoup estiment qu'ils ont suffisamment adopte de mesures raisonnables. Cette attitude dangereuse, à prendre en consideration, a ete egalement relevee par un expert americain lors du IIIe seminaire de l'IREP11.
Les usagers de drogues les plus jeunes ne s'identifient pas forcement comme « toxicomanes ». Madame Coppel, rapportant les resultats d'une enquête menee recemment sur les pratiques sexuelles de jeunes habitant des quartiers de la banlieue parisienne consideres « à risque », c'est-à-dire où la toxicomanie est un phenomène social visible, à savoir la Seine-SaintDenis, les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne, a mis en evidence la necessite de revoir la categorie « usager de drogues ». Cette enquête revèle en effet que se defendre de l'etiquette ne veut pas dire pour autant ne pas être usager de drogues dures et ne pas pratiquer parfois l'injection. Ceux-là mêmes qui affirment qu'ils ne sont pas « toxicos » consomment des drogues. Ils sont même plutôt polytoxicomanes. Ce sont les plus jeunes ; ils ne vont pas dans les centres de soins et sont peu touches par les campagnes de prévention qui s'adressent aux toxicomanes. Le cas de ces jeunes qui sont ainsi très proches du risque de contamination par le VIH sans le reconnaître est très préoccupant.
Ce problème s'ajoute à celui que posent les partenaires sexuels de toxicomanes, population exposée à la contamination. L'évolution des cas de sida chez des femmes hérérosexuelles au 30septembre 1992 montre que la part relative des femmes ayant un partenaire toxicomane est passée de 16% en 1987 à 30% en 1992, pour les hommes de 1% en 1986 à 13% en 199212. L'enquête menée par Madame Coppel rapporte que dans les quartiers où la toxicomanie est très présente, les toxicomanes et les nontoxicomanes ont des réseaux relationnels qui peuvent se recouper etre marque que les actions de prévention doivent être envisagées non seulement en direction des toxicomanes mais de leur entourage.
Une partie de cette population est de plus en plus difficile à atteindre. Un grand nombre de toxicomanes ne fréquentent pas les lieux d'accueil spécialisé. La plupart ne s'y présente qu'après plusieurs années de consommation, plus de 6 ans en moyenne. Beaucoup vivent dans des quartiers où il n'y a plus de relais, plus de travailleurs sociaux ni d'éducateurs. L'accès à ces milieux devient de plus en plus difficile et doit passer par des personnes-relais appartenant à ces groupes.
Les actions de proximité ont montré que les changements s'inscrivent dans des logiques collectives : on modifie son comportement parce qu'on connaît quelqu'un qui a changé le sien. Les actions sont d'autant plus efficaces qu'elles sont relayées dans le milieu d'appartenance.

11 French, J., (New-Jersey Department of Health, Trenton), Note ethnographique sur Newark, IIIe séminaire international de l'IREP, 3 mai 1993

12 Sources : BEH, n° 6/1993, 15 février 1993

Mise à jour le Vendredi, 26 Février 2010 15:19