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Consommation de stimulants et jeunes des cités : nouvelles représentations, nouvelles pratiques

Consommation de stimulants et jeunes des cités : nouvelles représentations, nouvelles pratiques.


Anne Coppel, Actualité et dossier en santé publique (AdSP) revue trimestrielle du Haut Conseil de la santé publique, n°59, juin 2007.



Résumé


Une recherche exploratoire a été menée auprès de jeunes de 16 à 25 ans consommateurs de drogues stimulantes et habitants des quartiers sensibles de la banlieue parisienne. L’enquête comprend 20 entretiens approfondis qui témoignent d’une évolution des représentations et des pratiques d’usage de drogues. Si les jeunes interviewés rejettent la figure du toxicomane qui « ne bouge pas », qui « n’a pas de projet », la cocaïne, consommée avec de l’alcool pour « faire la fête » échappe en partie à ces représentations stigmatisantes. Ni la dépendance, ni les effets psychiques ou somatiques de l’abus ne sont bien identifiés. Cette méconnaissance relative rend nécessaire l’élaboration d’une information adaptée aux différents cadres d’intervention (quartier, boîtes de nuit, prison, site Internet). Les actions de promotion de la santé doivent prendre en compte la réalité des pratiques de consommation qui mêlent alcool et drogues stimulantes. Les acteurs en contact avec les jeunes doivent êtres sensibilisés aux effets nocifs de l’abus de stimulants afin d’entrer en relation avec les jeunes les plus exposés aux risques.

 

En 2005, la Direction Générale de la Santé a commandité une recherche exploratoire visant à identifier et décrire les modalités de consommation de stimulants des jeunes de 16 à 25 ans, habitant des cités de la banlieue parisienne. Un premier constat est à l’origine de cette recherche : les plus jeunes usagers se tiennent à distance des services existants, alors quelques uns ont été en relation avec des équipes intervenant en milieu festif. La recherche a été conduite par l’AFR, association regroupant des équipes qui vont sur le terrain à la rencontre des usagers de drogues dans un objectif de réduction des risques. Sida-Parole, association intervenant dans les Hauts-de-Seine, a été associée à cette recherche qui a bénéficié de son implantation dans les quartiers sensibles ainsi que de son expérience acquise dans l’espace festif. La recherche s’est déroulée en six mois de janvier à juin 2005. Le contexte des cités a exigé la mise en place d’un dispositif méthodologique qui tienne compte de la stigmatisation et de la clandestinité de la consommation dans ces quartiers.

 

 

Le contexte

 

Entrer en relation le plus précocement possible avec ceux qui consomment des drogues est une des missions des équipes de 1e ligne dites aussi de réduction des risques. Cette mission définit le questionnement à l’origine de la recherche : Quel est le profil des usagers de moins de 25 ans issus des quartiers sensibles ? Quels sont les modes de consommation ? Quelles sont les prises de risques associées à l’usage ? La consommation de drogues stimulantes dont particulièrement de la cocaïne a été privilégiée pour plusieurs raisons. Tabac, alcool, cannabis, ces trois drogues sont bien identifiées dans les enquêtes quantitatives. Les jeunes n’hésitent pas à en rendre compte et les prises de risques sont connues. Il n’en est pas de même des autres drogues illicites. Interrogés, les jeunes vivant dans les cités sont unanimes : « Le shit, l’herbe, d’accord mais les drogues dures, ici on n’en veut pas ». Héroïne versus cannabis, l’opposition structure le discours tenu sur les drogues dans les quartiers sensibles. Le discours ne s’est pas modifié avec le recul de la consommation de l’héroïne et l’augmentation des drogues stimulantes comprenant les drogues de synthèse, la cocaïne et les amphétamines, évolutions observées tout d’abord dans le milieu festif techno (1). Au-delà du milieu festif, l’augmentation de la consommation de la cocaïne est également constatée en milieu urbain, dans la rue, dans les squats comme dans les boutiques où sont accueillis des usagers de drogues marginalisés (2). En traitement de substitution ou accueillis dans les boutiques, ces usagers sont le plus souvent âgés de plus de 30 ans. Dans leur quartier, ils sont identifiés comme « toxicomanes », une identité que les plus jeunes récusent avec véhémence : « Je ne suis pas toxico », ce discours est tenu continûment depuis le début des années 80, alors même que l’héroïne était en phase de diffusion dans les quartiers défavorisés de la banlieue parisienne. De fait, ces prises de risques ont toujours été minoritaires, elles n’en pas moins eu des conséquences graves en termes de santé publique, conséquences qui ont justifié la mise en place du dispositif d’observation des nouvelles tendances en matière de consommation, le dispositif TREND. Lorsqu’ils sont issus des cités, les plus jeunes échappent en grande part au dispositif d’observation ; leur présence, si marginale soit-elle, n’en est pas attestée dans les deux types de site observés. Dans l’espace « festif » du mouvement techno, ces jeunes ont d’ailleurs une mauvaise réputation de galérien et de dealer. Dans les accueils de l’espace dit « urbain », les plus jeunes sont très peu nombreux. En errance, ils ont le plus souvent rompu tout lien avec leur quartier d’origine. Dans les quartiers, la cocaïne, consommation et trafic, est d’abord une rumeur, mais dans les maisons d’arrêt, des éducateurs ont constaté la progression des incarcérations de jeunes usagers de cocaïne. La démarche adoptée a consisté à recueillir des entretiens auprès d’usagers rencontrés en milieu festif, connus par relations interpersonnelles ou encore, pour 3 d’entre eux , en maison d’arrêt. Les interviews ont dû être menées hors des quartiers d’habitation : « Dans les quartiers, on ne parle pas de ces choses là » a expliqué Manor (25 ans), qui a découvert avec étonnement que dans les teknivals comme dans les discothèques, les usagers parlaient librement de leurs consommations de drogues.

 

Profil sociodémographique

 

Le corpus est constitué de 13 hommes et 7 femmes. 6 usagers sont âgés de 16 à 18 ans, 8 de19 à 21 ans et 6 de 22 à 25 ans. 11 habitent en cité chez leurs parents tandis que 6 ont un logement autonome dont 4 sont hébergés par des amis, dans l’attente d’un logement personnel. Les origines géographiques des parents (pour plus de la moitié nés en France métropolitaine), le statut familial (parents isolés pour 6 familles), les CSP (ouvriers, employés) sont relativement diversifiés, à l’image des habitants des cités HLM. Quelques situations familiales s’avèrent particulièrement problématiques pour 4 jeunes (toxicomanie des parents, violences contre la mère, délinquance du père). 3 font état de relations conflictuelles entre eux et leurs parents mais si 4 jeunes soulignent la précarité des ressources de la mère, parent isolé, les autres ne signalent aucune difficulté particulière. Concernant la situation des jeunes, 4 sont en cours de scolarité, 5 sont étudiants, 2 sont en cours de formation professionnelle, 3 ont un emploi, 6 sont sans statut. Le nombre important d’étudiants est dû au profil des enquêteurs dont trois sont eux-mêmes étudiants. Rappelons toutefois que si les étudiants sont à priori dans une trajectoire sociale ascendante, l’insertion peut être fragile. Tous ces étudiants ont recours à des emplois précaires et l’un d’entre eux se prostitue. 3 usagers font alterner travail précaire et chômage, 2 ont un emploi qualifié (ouvrier électronicien et photographe). 3 usagers de ce corpus sont très impliqués dans le trafic, dont 2 ont été interviewés en prison, mais la grande majorité n’est pas inscrite dans une carrière délinquante ou de grande marginalité. Même si on peut s’inquiéter de l’évolution future de plusieurs d’entre eux, les jeunes font presque tous états de projets personnels. À ce titre, les jeunes de ce corpus tiennent à se différencier du groupe désignés comme « les jeunes du quartier », groupe stigmatisé des jeunes qui traînent toute la journée dans la cité et qui, selon une recherche, représenteraient environ 10% de leur tranche d’âge (3). Pour autant, les liens avec le quartier sont loin d’êtres rompus. Même les étudiants tiennent à leur réputation et c’est particulièrement le cas des filles. La consommation de cocaïne est tenue soigneusement secrète, à l’exception de Mathieu (18 ans) et Mathias (17 ans). Le fait qu’il s’agisse des plus jeunes est significatif d’une évolution des représentations sociales, qui tendent à différencier la cocaïne, associée à la réussite, de l’héroïne, associée au stigmate de la toxicomanie.


Profil d’usage et contexte de consommation


Les usagers de ce corpus se définissent comme « festifs, c’est-à-dire que les drogues sont consommées « pour faire la fête ». Les modes de consommation comprenant le choix des produits, les fréquences et les quantités n’en sont pas moins diversifiés. Certains consomment de la cocaïne environ 10 fois par an, d’autres en consomment chaque week-end. Lily (16 ans) et Robert (23 ans), tous deux night-clubbeurs, sortent plusieurs soirs par semaine :« La fête, c’est presque tous les soirs » reconnaît aussi Mathias(17 ans). Quant à Mathieu (18 ans) et Laura(17 ans), ils en consomment quotidiennement, avec leurs amis ou leurs clients.

Concernant les incidences de leur consommation, trois usagers tout au plus se disent dépendants mais plusieurs signes portent à croire que ces incidences de la consommation concernent un nombre plus important d’usagers. Ni Jéjé (20ans) ni Jo (25 ans) ne parlent de dépendance, mais tous deux ont connu des périodes où l’abus était régulier. Et que penser de Lolotte (24 ans) qui, actuellement, consomme de la cocaïne presque tous les soirs après son travail ? La dépendance, l’usage nocif, l’usage simple répondent à des définitions rigoureuses (4) mais dans la pratique, la variabilité des niveaux de consommation et des prises de risques rend difficile l’évaluation de leur dangerosité. Presque tous les usagers de ce corpus ont ou ont eu des conduites d’abus ou d’usage nocif sans que pour autant il soit possible de préjuger de l’évolution ultérieure. La trajectoire de Mrs A. est exemplaire de prises de risques passagères associées à l’adolescence (5). Entre 16 et 19 ans, Mrs A. (21 ans) a consacré ses week-ends à des sorties en boîtes. Les abus mêlant drogues stimulantes et alcool étaient alors systématiques et aboutissaient souvent à des états quasi comateux qu’elle-même juge inquiétants. Depuis deux ans, Mrs A. a renoncé à ces prises de risques ; elle a réinvesti ses études et vient d’être admise à Science Po. Mrs A. a le sentiment que ces consommations répondaient à « un besoin » : elle a voulu échapper au quartier, mais elle n’a pu le faire qu’en perdant la conscience d’elle-même. Mrs A. a pu mobiliser des ressources personnelles qui ont fait fonction de facteurs de protection (6). Les facteurs de vulnérabilité d’autres usagers laissent présager des trajectoires plus problématiques.

Le type de fête auquel le jeune a accès est un autre déterminant du rapport au produit. Trois types de contextes festifs peuvent être distingués, le milieu festif techno, le monde de la nuit comprenant des night-clubs ou discothèques et enfin les fêtes privées. Aucun de ces espaces n’est propre aux jeunes habitants des quartiers, tous exigent de sortir du quartier, ce qui implique des ressources personnelles que ces jeunes sont plus ou moins en mesure de mobiliser. Plus leurs ressources sont limitées, plus les jeunes sont confinés aux marges de ces univers festifs. 14 usagers de ce corpus ont participé à des teknivals, mais 3 seulement se définissent comme « teufeur » en rupture avec leur cité d’origine. Près de la moitié des usagers de ce corpus a pu entrer à l’occasion dans une boîte de nuit. 4 d’entre eux sont ou été des night- clubbers assidus. Le contexte le plus fréquent est la fête privée qui chacune privilégie un style de musique (hip hop, métal, hardcore etc), plus ou moins à distance du quartier. La majorité des usagers de ce corpus a circulé entre ces différents milieux à un moment ou l’autre de sa trajectoire, attestant de la perméabilité de ces univers festifs (7). Si la majorité des usagers de ce corpus a été initiée à la consommation de cocaïne hors du quartier, c’est que l’initiation d’un plus jeune par un usager expérimenté a fait l’objet d’un véritable interdit dans les cités. Selon Jo (25 ans), cet interdit est dû la prise de conscience des conséquences graves de la consommation de l’héroïne. 5 usagers ont pourtant été initiés à la consommation de cocaïne dans leur quartier. Le fait que 4 d’entre eux ont moins de 20 ans pourrait indiquer que l’interdit est moins respecté aujourd’hui.


Trajectoire d’usage et prises de risque


La moitié de ce corpus a commencé à consommer des stimulants après 17 ans, l’autre moitié a expérimenté ces usages à 15-16 ans, et même à 13 ans pour deux d’entre eux. Plus l’usager est jeune et plus la phase d’expérimentation est chaotique. Car si le poly usage est de règle dans les univers festifs, il peut être planifié en fonction des effets recherchés du début à la fin de la soirée. Il peut aussi être purement opportuniste, l’usager consommant en vrac tous les produits qui sont à sa portée (8). En phase d’expérimentation, Mathieu (18 ans), Mathias (17 ans), Lily (16 ans) consomment « tout ce qui passe ». À peine sont-ils en mesure d’identifier les produits qu’ils consomment. « T’inquiète, c’est du bon » a dit à Lily le garçon qui lui proposait un produit lors d’une soirée. Ces poly usages, toujours associés à des abus d’alcool, sont sanctionnés par des états quasi comateux ou des « bad trip ». Lily aujourd’hui, comme Mrs A. hier, est à la recherche de sensations fortes. Les prises de risques n’en sont pas moins redoublées par le déficit d’information. Aucun des usagers de ce corpus ne songe à solliciter une source officielle d’information, qualifiée par Sonia « d’info TF1 » : « Tu vois, le film d’horreur ». Seule l’expérience est crédible. En milieu festif techno, l’information diffusée par les associations de réduction des risques prend en compte l’expérience, mais cette information n’a pas pénétré dans les quartiers. Plus les consommations sont initiées au plus près du quartier, plus elles sont clandestines, moins le jeune a accès à l’information et plus les modes de consommations sont chaotiques. Les jeunes les plus proches de leur quartier passent souvent par une phase de poly consommations effrénées. Plusieurs choix sont alors possibles. L’usager peut apprendre sélectionner les produits en fonction des effets recherchés et renoncer aux usages dont il a expérimenté la nocivité. Il peut au contraire aller plus avant dans la consommation de drogues. 2 usagers de ce corpus sont déjà engagés dans une carrière de toxicomanie, carrière qui est probable pour 2 autres. 7 usagers sont au contraire dans une phase de sortie des poly usages associées aux contextes festifs pour privilégier l’insertion professionnelle ou les études. Mrs A. (21 ans), Lolotte (24 ans), Mehdi (21 ans), Manor (25 ans) ont renoncé aux drogues qui modifient profondément les cadres de perception comme les hallucinogènes et les drogues de synthèse. Tous quatre toutefois continuent de consommer de la cocaïne, que ce soit de façon occasionnelle ou de façon plus régulière.


La cocaïne, des risques mal identifiés

 

Plusieurs facteurs contribuent aujourd’hui à l’adoption de la cocaïne. C’est d’abord sa disponibilité que constatent aussi bien Hakim (25 ans) que Tony (23 ans) dans les fêtes privées qu’ils fréquentent désormais. C’est aussi que le risque de dépendance n’est pas bien identifié. Kader (21 ans) observe que lorsqu’il consomme, il a « envie d’en reprendre ». Il ne sait pas que c’est là précisément une manifestation de cette forme particulière de dépendance que provoquent les stimulants et que les anglo-saxons désignent comme « craving ». Laura (17 ans) est à priori mieux informée. Son père, héroïnomane, « diabolise la cocaïne » « la pire des drogues » mais ce n'est pas son expérience. Elle a eu le sentiment que la cocaïne était tout à fait anodine. En effet, au contraire des drogues de synthèse ou des hallucinogènes, la cocaïne, lorsqu’elle est sniffée, modifie peu les cadres de la perception. C’est d’ailleurs ce qui facilite son emploi dans différents contextes. « On se sent bien, c’est tout » dit Lolotte (24 ans), qui l’utilise actuellement pour lutter contre un état dépressif. La cocaïne reste une drogue festive pour Mrs A. (21 ans) qui en consomme quelques soirées par mois avec des amis proches sans avoir le sentiment de prendre des risques. Les seuls à avoir identifié le risque de dépendance sont ceux qui ont un accès large au produit parce qu’ils en font le trafic. Encore est-il plus facile de reconnaître les effets de la cocaïne sur les autres que sur soi. Jo (25 ans) a vu clients ou amis « tomber dans le piège ». La dépendance est pour lui une question de caractère : « Faut avoir un mental fort pour être plus fort qu’elle ». Dans son quartier, Jo fait partie des « grands », il doit tenir sa réputation. Il sait pourtant que la cocaïne donne l’illusion d’être le plus fort mais il est persuadé –ou laisse son interlocuteur le penser- qu’il a réussi à échapper au piège de la dépendance. Les troubles psychiques qui peuvent être associés à la consommation de stimulants sont eux aussi très mal connus. La cocaïne seule ne provoque pas les décompensations ou bad trip* que les usagers ont pu observer ou vivre eux-mêmes lors des poly usages désordonnés mêlant alcools, hallucinogènes et autres drogues. Les troubles psychiques liés à l’usage de cocaïne sont un état dépressif, l’irritabilité, l’agressivité et la tendance aux interprétations paranoïaques. Identifier ces troubles sur soi-même exige d’être attentif à son fonctionnement psychique. Les filles de ce corpus ont moins de difficultés à établir le lien entre la prise de produit et leur état, sans doute parce qu’elles sont plus susceptibles d’introspection et ce d’autant que la majorité d’entre elles font des études. Plus les jeunes que nous avons interviewés sont insérés dans les sociabilités locales du quartier, moins ils s’autorisent à reconnaître des troubles psychiques, interprétés comme autant de signe de faiblesse. Quant aux risques somatiques, à peine sont-ils évoqués par les jeunes. Lorsque la question leur est posée, ils signalent les crispations de mâchoires, l’amaigrissement, les problèmes de dentition. Quelques-uns signalent aussi les ulcérations des muqueuses nasales et les difficultés respiratoires. 2 usagers seulement mentionnent les risques cardio-vasculaires. Le risque de contamination par des maladies infectieuses est connu par tous. Pour autant, les plus jeunes ont du mal à se sentir concernés par les hépatites. Les risques qui les préoccupent sont uniquement ceux qu’ils éprouvent à court terme : être malade pendant la fête ou encore les descentes pénibles après la fête.

 

 

Conclusion

 

Alors que l’imaginaire social associe volontiers drogues et cités, l’interdit s’y trouve renforcé pour les drogues dites « dures », c’est-à-dire toutes les drogues illicites autre que le cannabis. Les conséquences dramatiques de l’héroïne, consommée des années 80 au milieu des années 90, ont conduit à un consensus sur la dangerosité de la consommation. Toutes ces dernières années, les consommations dites « festives » ont été initiées hors du quartier d’habitation. Ces consommations sont toujours clandestines. Les difficultés de recueil des entretiens d’usagers en témoignent. Plusieurs facteurs laissent toutefois percevoir une évolution à la fois des pratiques et des représentations. La génération des 16-18 ans n’a pas connu personnellement d’héroïnomanes. Les jeunes ont d’autant moins d’appréhension à franchir l’interdit portant sur les drogues dites « dures » que la consommation de cannabis, si elle est acceptée, n’en est pas moins stigmatisée. Elle est désormais associée à la passivité et à la dépendance. La cocaïne par contre est volontiers associée à la réussite. Ceux qui en consomment revendiquent « de bouger », « d’avoir des projets ». Dans un contexte où le contrôle social est fort, la cocaïne en outre présente l’avantage d’être invisible. Les effets nocifs ne sont pas bien identifiés. L’information sur les risques liés à l’usage de stimulants doit s’intégrer à une stratégie globale de promotion de la santé, elle doit prendre en compte la réalité des pratiques de consommation, qui associent systématiquement abus d’alcool et stimulants. L’information doit être adaptée aux différents contextes, quartier, prison, établissements scolaires, lieux de socialisation et médias auxquels les jeunes ont accès. La sensibilisation des professionnels de santé, en milieu scolaire, en médecine générale, dans les CMP comme dans les services d’urgence doit également être une priorité de l’action. Elle est la condition pour prévenir les prises de risques les plus problématiques.

 

 

Références bibliographiques

 

(1) Médecins du Monde, Usages de drogues de synthèse (ecstasy, LSD, dance-pills, amphétamines), Réduction des risques en milieu festif techno, Rapport de recherche- action, Octobre 1999.

(2) BELLO P-Y, TOUFIK A., GANDIHON, EVRARD I., Phénomènes émergents liés aux drogues en 2004, 6e rapport national du dispositif TREND.

(3) SAUVADET T., Processus de ghettoïsation et sociabilités des chez les jeunes des cités, ATER à l’Université de Paris VIII, 2005.

(4) REYNAUD M. Prof. (sous la direction de ) Usage nocif de substances psychoactives, rapport au Directeur Général de la santé, La documentation française, 2002. 277 p.

(5) Revue Toxibase, Les conduites à risques des jeunes, n°11, Septe. 2003. (6) MOREL A. (sous la direction de ) Prévenir les toxicomanies, Dunod, 2000, 319 p. (7) Rapport ORS Ile de France, Tendances récentes sur la toxicomanie et l’usage de

drogues sur Paris, rapport TREND, 2005, Septembre 2006. (8) FONT AINE A., FONT ANA C., VERCHERE c., VISCHI R., Pratiques et

représentations dans le champ des drogues sen France, OFDT,.2001, 272 p.

7

 

Mis à jour (Samedi, 05 Février 2011 13:18)